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Voyage au Sénégal (avril 2012)

Récit du voyage de mémoire au Sénégal Du 13 au 21 avril 2012

« Sur la Route des Droits de l’Homme et l’Abolition de l’Esclavage »

Par : Virginie LARRIVÉ



L’idée de partir au Sénégal…

Partir découvrir le Sénégal. L’idée a fait son chemin comme une graine qui germe au printemps… au cœur de l’hiver dernier, un certain vendredi 13 janvier 2012, au détour d’une conversation avec Linda… « Tu sais Virginie, l’association APESE Haïti organise un voyage au Sénégal en avril prochain sur les traces de l’esclavage du peuple haïtien. Tu pourrais venir… »

Une idée improbable hors contexte mais qui me séduisait à mesure que les heures s’égrenaient de ce vendredi 13… Elle cristallisait un désir, celui du rêve et de l’évasion associé au plaisir de la découverte d’une nouvelle culture. Elle me touchait tout simplement. Marcel, mon époux, à qui je confiais le soir venu ce projet de voyage me suivit ainsi que mes beaux-parents qui acceptèrent de garder ma petite Anne, la durée de notre séjour au Sénégal.

Bien sûr, je me suis posée des questions, cela faisait six longues années que je n’étais pas partie en voyage vers une destination aussi lointaine. Mais, en voyant des lumières dans les yeux de Marcel et en ressentant cette joie intérieure, j’ai compris que notre décision de partir était sans appel. Dès lundi 15 janvier, j’envoyais un courriel à Laure et Linda pour confirmer notre inscription.


Le 1er jour : le trajet JUSQU’A Dakar…

L’aventure a commencé un trimestre plus tard, un vendredi 13 avril 2012, très exactement, jolie coïncidence ou clin d’œil de la vie.

Il était 9 heures quand j’ai finalement bouclé mes bagages et fermé la porte de mon appartement. Installée dans le RER, je regardais s’éloigner mon environnement familier et mes habitudes. Je partais pour l’Afrique de l’Ouest. Quelques trente minutes plus tard, j’ai rejoint Marcel à la gare de Brétigny, il avait fière allure avec sa tenue de randonneur, ses chaussures de marche et son sac à dos bien calé sur ses épaules et ses hanches. Le sourire aux lèvres, il paraissait détendu, heureux de partir tout simplement. Munis de nos billets destination Roissy Charles de Gaulle, nous prîmes un train qui nous conduisit jusqu’à Juvisy-sur-Orge. A 10 h 30, tout au bout du quai de la ligne D, nous sommes allés à la rencontre de Thérèse qui nous faisait de grands signes. Puis quelques cinq minutes plus tard, descendues d’un train en provenance d’Évry, Claude, Linda et Laure vinrent nous rejoindre. Le groupe était maintenant au complet et il était temps de reprendre notre trajet vers Roissy. Je ressentais une exaltation communicative qui délia les langues dans le train. Le groupe apprenait à se connaître davantage. Nous arrivâmes à l’aéroport international Roissy Charles de Gaulle sans précipitation. Une fois les bagages enregistrés, il nous restait suffisamment de temps pour déjeuner. Thérèse, Marcel et moi en profitâmes pour déjeuner au restaurant. Autour d’un déjeuner servi, c’était l’occasion de se raconter nos univers respectifs. Marcel écoutait plus qu’il ne parlait. Thérèse et moi échangions sur nos métiers. Quatorze heures avaient sonné, il était déjà temps de rejoindre Linda, Laure et Claude qui avaient préféré se restaurer d’un sandwich. Nous regagnâmes le terminal 3 pour faire contrôler nos bagages de cabine et attendre l’embarquement dans un grand hall.

Le moment du départ approchait et quand je fus finalement installée tout au fond de l’avion au siège E à côté de Marcel, je reconnus ces mêmes lumières dans ses yeux. L’avion prit de la vitesse sur la piste et décolla d’un coup sec qui fit battre mon cœur un peu plus fort un instant. Assis à côté du hublot, Marcel ne se lassait pas d’observer ce magnifique puzzle de paysages de plaines, de villes, de montagnes en contrebas et les nuages, c’était magique. Il admira bientôt la Méditerranée et puis l’océan atlantique sur la côte de l’Afrique de l’Ouest. De magnifiques îles aux couleurs argentées se distinguèrent au loin sur une mer miroir, c’étaient les Canaries ; à peine une heure plus tard, un autre décor, le désert de Mauritanie. Mais avant que nous n’ayons réalisé vraiment, l’avion avait déjà amorcé sa descente sur Dakar, l’aéroport international Léopold Sédar Senghor. Il était 19 h 35.

En sortant de l’avion, une bouffée d’air chaud caressa mon visage, je me sentais bien. Tandis qu’un bus nous amenait à l’aéroport, j’observais les pistes. Quatre avions étaient déjà stationnés, je ne sais s’ils venaient de se poser ou s’ils allaient décoller mais ils généraient autour d’eux beaucoup d’agitation. Au-delà des pistes, s’étendaient de vastes étendues de terre rouge parsemées quelques rares touffes de végétations qui ressemblaient à de petits arbustes. Le coucher du soleil teintait de reflets rosés ce paysage sénégalais à mesure que la lumière du jour diminuait à vue d’œil.

J’observais mes voisins de bus, des occidentaux comme moi, venus pour se dépayser ou voir de la famille. Une jeune femme européenne attira mon attention. Dans son porte-bébé, un adorable enfant de six mois métis me souriait, son époux sénégalais, je présume, l’accompagnait. Elle me racontait qu’elle venait rendre visite à sa belle-mère et présenter son bébé pour la première fois, j’imaginais son émotion… Des Sénégalais aux habits traditionnels avaient également fait le voyage. Assis dans le bus, coiffés d’un chapeau, ils portaient fièrement leur tenue composée d’une longue robe tunique, d’un pantalon et de sandales en cuir. Ils arboraient de jolies couleurs vives et dans l’étoffe de leur tunique, étaient tissés bien souvent des fils tantôt dorés, tantôt argentés. Une demie heure plus tard, autre tableau, une affluence de jour de marché dans ce hall d’aéroport, sur les tapis roulants, les bagages peinaient à arriver. Tandis que j’observais ce bric-à-brac de valises et de sacs, mon regard fut attiré par un amoncellement de cartons qui comportaient chacun une étiquette intitulée « Œuvre humanitaire, pour le village… » Ainsi, donc des associations françaises venaient en aide aux Sénégalais les plus déshérités. C’était heureux. Enfin, j’aperçus mon grand sac bleu à l’horizon. Et, Marcel, Linda, Laure, Thérèse et Claude récupérèrent également leurs bagages. J’étais un peu soulagée de quitter ce lieu d’agitation et de bousculade, c’était sans compter la foule immense qui nous accueillit en sortant de l’aéroport. Heureusement, Linda reconnut bientôt Amadou et tant bien que mal nous réussîmes à nous faufiler en file indienne au beau milieu de cette masse humaine. Un taxi-bus nous conduisit à l’auberge de Thialy, après avoir traversé différents marchés de rue où toutes sortes de denrées semblaient s’échanger. Il était un peu plus de vingt-et-une heures quand on nous servit un dîner composé d’une entrée de crudités suivie d’un plat de crevettes en sauce accompagnées de riz blanc et en dessert de succulents melons verts sucrés à souhait. Amadou, notre guide, Linda, Laure, Thérèse, Claude, Marcel et moi étions installés autour d’une table en rotin sous une paillotte. L’air était encore chaud en ce début de soirée mais ne nous coupa pas l’appétit. Nous évoquions les détails pratiques du lendemain.



Ce soir-là, je ne pus supporter la moustiquaire qui était suspendue au-dessus de mon lit et m’endormis en entendant le grésillement des moustiques et un mouton qui bêlait furieusement non loin de l’auberge. Curieuse sensation.

Le 2ème jour : Trajet vers Dagana, installation et visites.

Il était 6 h 30 quand Marcel et moi retrouvions le groupe. Nous étions les derniers. Le café bien chaud me revigora. Linda et Laure nous présentèrent le déroulement précis de ce samedi 14 avril 2012. Le séjour itinérant commençait. Nous partions pour Dagana, tout au nord du Sénégal, à côté de la frontière mauritanienne. Nous allions parcourir quelques quatre cent cinquante kilomètres en minibus, il fallait compter six heures de route.



A sept heures, le moteur du minibus se mit à vrombir. Nous quittions le quartier résidentiel de la patte d’oie. Les rues défilaient et offraient différents décors. Des maisons bourgeoises jouxtaient des maisons délabrées ou en construction, des échoppes modestes laissaient la place à des marchés. Et ce sable oranger à la place du bitume qui semblait tout recouvrir comme pour lisser les différences sociales… L’extrême pauvreté frappait, un désordre régnait mais une vie s’organisait au milieu de ce que je percevais comme un désordre dès l’aube. Parmi les voitures, les bus, les taxis, des Sénégalais de condition plus modeste se déplaçaient en charrette tirée par un âne ou un cheval. Des affiches vantaient les mérites de produits manufacturés français tantôt du lait « Gloria », tantôt du café « Nescafé » ou bien encore le cube bouillon « Maggi ». Bientôt, ce décor urbain fit place à la Savane : du sable encore et toujours bien sûr, des petits arbustes de ci de là, quelques baobabs qui trônaient fièrement et ces vaches, ces chèvres et ces ânes qui semblaient errer sans but. A mesure que le soleil se levait, la chaleur se fit plus intense. Le minibus roulait à bonne allure.

Un peu déconfits, nous arrivâmes à Dagana en début d’après-midi. Alioune, homme mince de grande stature à qui il est difficile de donner un âge (peut-être entre 45 et 55 ans) nous accueillit chaleureusement. En sa qualité de directeur de l’école primaire de Dagana, Alioune fut notre guide de la journée. Pour commencer, il nous proposa de nous restaurer d’un met typiquement sénégalais : le « Poulet Yassa ». Dans une grande case en dur, nous étions installés sur un tapis à même le sol, nous dégustions tous dans un même plat avec notre fourchette respective ce délicieux poulet citronné et épicé servi avec du riz blanc et beaucoup d’oignons et de poivrons frits. Alioune et ses collègues enseignantes qui avaient préparé ce plat, partagions avec nous ce succulent déjeuner. Ce fut l’occasion d’échanger sur la culture sénégalaise et sur l’école primaire de Dagana. La fatigue du voyage était oubliée et l’heure était à la détente et aux échanges. Je ressentais une belle proximité avec Alioune et ces femmes enseignantes. J’étais frappée par leur gentillesse, leur simplicité et la passion du métier qui les animait.



A 17 heures, Alioune nous guida vers le centre-ville de Dagana et nous présenta son histoire et son fonctionnement administratif. A l’époque coloniale, la ville de Dagana était dirigée par un commandant de cercle, lui-même assisté par un chef de subdivision et de chefs de village. La maison du commandant date de 1902. Devant la statue de Ndate Yalla Mbodj (1810 – 1860), Alioune nous évoqua l’histoire héroïque de cette reine qui lutta contre la colonisation. Avec ses compagnes, elle a combattu jusqu’à ne plus avoir de poudre puis a préféré s’immoler plutôt que de tomber entre les mains des colons envahisseurs. Héroïque destin tragique.

Alioune nous présenta ensuite son école. On distinguait quatre bâtiments en dur, en crépi jaune, qui entouraient une cour de récréation. Alioune nous fit pénétrer dans une salle de cours initial, cours proposé aux enfants avant le cours élémentaire et destiné à les initier à la langue française et aux savoirs fondamentaux. Alioune nous expliqua qu’il apprenait aux enfants à communiquer en langue française au travers de jeux de rôle dont les thèmes et les situations s’inspiraient de la vie quotidienne des enfants : acheter/vendre des aliments, demander son chemin… La grammaire et l’orthographe ne seraient enseignées que plus tard, l’important était déjà de transmettre quelques automatismes linguistiques. Cette méthode pédagogique m’apparut et m’apparaît toujours très intéressante. Quant à Alioune, il me semblait passionné par ce qu’il faisait, animé par ce désir bien légitime de faire progresser et réussir les enfants de Dagana.

Alioune nous guida ensuite vers un ancien fort, bâtisse rectangulaire à l’allure coloniale qui était située tout au bord du fleuve du Sénégal. En face, la côte mauritanienne avec quelques arbres et puis ce large désert qui se déployait.

Le fort était en travaux, il était question de le transformer en complexe hôtelier moderne afin de dynamiser Dagana. A l’étage, des chambres doubles avec balcons et vue sur le fleuve du Sénégal, au rez-de-chaussée, des suites familiales tout confort et une cuisine centrale nec plus ultra. Je pense que ce fort reconverti allait avoir un bon potentiel à moins que les quelques quatre-cent-cinquante kilomètres qui le séparent de Dakar découragent les quelques premiers touristes.

L’avenir le dira.